Archives mensuelles : décembre 2010

Kate, le gentil fantôme de Coronado Island

Depuis que j’ai mentionné résider dans un hôtel hanté, nombreux sont ceux qui m’ont demandé de leur raconter l’histoire de cette femme qui est arrivée au Del Coronado le 23 novembre 1892 et n’en est jamais repartie. La voici:

C’est sous un faux nom, celui de Lottie A. Bernard, qu’une jolie jeune femme a signé le régistre du Del Coronado le 23 novembre 1892.

Bien que le personnel la décrive comme une personne éduquée et raffinée, elle leur semble malade et découragée. Mais elle  affirme que son frère, un médecin, doit bientôt la rejoindre. Mais comme il n’arrive pas, elle s’inquiète et se présente souvent à la réception pour s’informer si quelqu’un l’a demandée.

Le 29 novembre, un employé  la retrouve morte, baignant dans son sang, dans un escalier extérieur qui mène à la plage. Commence alors une enquête du Coroner qui permet de découvrir que son nom est faux. Pour savoir qui elle est, les autorités mettent en circulation une fiche qui la décrit ainsi : Teint blême, des pommettes saillantes, de bonnes dents, des yeux bruns, des cheveux noirs de longueur moyenne, mesurant 5 pieds 6 po, pesant environ 150 lbs, ayant autour de 26 ans et portant, au troisième doigt de la main gauche,  un  anneau d’or pur avec quatre perles et une pierre bleu au centre.

Finalement les autorités de San Diego découvrent que la police de Los Angeles  recherche une certaine Kate Logan qui, bien qu’elle ait prévenu ses employeurs qu’elle se rendait à San Diego, n’en serait jamais revenue.

Ils en viennent à la conclusion que Kate Logan et Lottie A. Bernard sont une seule et même personne, mais leurs investigations leur permettent de découvrir qu’elle se nomme en réalité Kate Farmer-Morgan. Petit à petit, les enquêteurs découvrent sa triste histoire.

Née autour de 1867, elle  aurait perdu sa mère peu de temps après sa naissance et son père 10 ans plus tard. Alors que certains assurent qu’elle a été élevée par ses grands-parents, d’autres croient plutôt qu’elle a été ballotée d’une famille à l’autre. Quoi qu’il en soit, a  19 ans, Kate a épousé Tom Morgan. Leur premier fils, Thomas, né le 31 octobre 1886 est mort quelques jours plus tard,  le 2 novembre. La suite est imprécise, mais on sait que peu de temps avant de s’inscrire au Del Coronado, elle travaillait comme servante.

Du coup, la police apprend également qu’un certain GL Allen aurait eu des contacts avec elle, mais ce monsieur semble introuvable. Quand on découvre que la veille de sa mort, elle avait acheté une arme, le coroner déclare qu’il s’agit d’un suicide.  Ce serait elle qui se serait tiré une balle dans la tête. Pourtant, la balle qui l’a tuée ne semble pas provenir de son arme !

Encore aujourd’hui, le mystère persiste. Plusieurs personnes doutent de cette conclusion et de nombreuses histoires circulent. Kate aurait fui son mari, un homme violent qui la battait; elle ne se serait pas remise de la mort de son fils ; elle aurait fui la maison pour suivre un amant qui ne serait autre que le fameux «frère» qu’elle attendait, etc. Plusieurs croient que c’est l’un de ces deux hommes qui l’aurait assassinée. Mais lequel ? Et pourquoi ?

Un gentil fantôme

L’histoire tragique de Kate a cependant eu des répercussions pour l’hôtel Del Coronado. En effet, depuis sa mort, de nombreux clients jurent l’avoir aperçue se berçant sur la véranda, marchant sur la plage, dans les jardins ou dans le corridor. Bien entendu, de nombreux clients jurent avoir reçu sa visite dans leur chambre.

Fantôme aimable et chaleureux, Kate se contenterait souvent de susciter une légère brise, de jouer avec les lumières ou d’allumer ou d’éteindre la télévision. Mais d’autres récits contredisent ces faits. Certains jurent que leurs couvertures auraient brutalement été arrachées du lit pendant qu’ils dormaient. Bernard Gilbert qui travaille à la réception de l’hôtel me dit n’avoir jamais cru aux fantômes. Pourtant… Je ne peux faire autrement car, depuis 25 ans, il m’est arrivé à de nombreuses reprises d’entendre des clients raconter la même histoire. Pourtant, à leur arrivée, plusieurs d’entre eux ne savaient même pas que nous avions un fantôme !

Parmi les anecdotes amusantes, il y a celle d’un client, réveillé à 02 h du matin parce qu’il était frigorifié. Avec consternation, il a réalisé que l’air conditionné était à maximum. En se levant, il a remarqué que les oreillers qu’il avait lancés par terre a moment de se coucher étaient  maintenant parfaitement empilés et formaient une pyramide. Avec humour, le lendemain matin, il a raconté que Kate était sans aucun doute une aide inestimable pour les femmes de chambre.

L’un des endroits de prédilection de Kare serait   la boutique souvenir Est 1888 qui date de la construction de l’hôtel.

La propriétaire m’assure qu’il arrive fréquemment que des objets tombent et se fracassent sans raison et que des cadres soient décrochés du mur pour tomber à terre violemment.

On raconte également qu’en 1958,  Kate se serait montré beaucoup plus active lorsque Marilyn Monroe a séjourné à l’hôtel où l’on tournait Some Like it Hot.

La rumeur veut que Kate n’aurait pas apprécié de partager la vedette avec une star d’Hollywood.

Une historienne raconte son histoire

L’histoire de Kate continue de passionner  les clients de  l’hôtel Del Coronado pour qui elle demeure la «Beautiful woman». C’est pourquoi l’ Hotel del Coronado Heritage Department a demandé à l’historienne et auteure Christine Donoval de relater l’histoire de «leur» fantôme». Après avoir effectué de nombreuses recherches, rencontré plusieurs témoins, colligé les  informations les plus crédibles, vérifié les documents signés lors de son inscription et tenter de trouver des trucages dans les photos, Christine a publié Beautiful Stranger : the Ghost of Kate Morgan and the Hotel del Coronado (vendu uniquement au Del Coronado Hotel).

L’historienne refuse de confirmer la présence de Kate, mais elle affirme désormais croire que certaines personnes perçoivent des choses imperceptibles pour d’autres. Un peu comme les chiens qui entendent des sons que les humains n’entendent pas.

Christine Donoval

L’histoire de Kate est troublante et cet ancien hôtel victorien avec ses murs de bois, ses planchers qui craquent et sa riche histoire contribuent certainement à stimuler l’imaginaire.

Crédit: Lise Giguère - Hôtel del Coronado

Quoi qu’il en soit, depuis toutes ces années, le Del Coronado continue de recevoir des témoignages de manifestations et des photos montrant d’inexplicables ombres.

Mais le plus grand mystère demeure celui-ci : Qui était donc cette femme ? Et surtout, s’est-t-elle suicidé ou l’a-t-on assassinée ? Et pourquoi ?

En attendant, si vous avez le goût de vérifier si vous êtes sensible aux fantômes, sachez qu’il vous faut réserver la chambre 3327 qui n’est autre que le nouveau numéro donné à la chambre 302 celle où Kate a vécu les derniers moments de sa vie.